cahiers
laure

« Insurgée de bonne heure contre une éducation bourgeoise et catholique, Laure avait, après un séjour prolongé en Russie, trouvé dans un dévouement entier au communisme d’opposition une issue au besoin de donner une signification à sa vie. Les faits l’ayant amenée à rejeter, comme dénuée de valeur, l’activité politique, il lui fallut se relever, selon son expression, “de ce grand tremblement de terre qu’est la perte d’une foi”. Sans cesser de connaître des moments de détresse – comme de bonheur ou de caprice – elle parvint à retrouver “un état de conscience plus total que jamais”, ambition la plus haute que pût réaliser quelqu’un pour qui l’intégrité de l’être a sans doute occupé, dans l’échelle des valeurs, le rang privilégié.

À travers toutes vicissitudes, la passion que Laure apportait à la recherche de sa vérité ne se démentit pas. Le proverbe de William Blake : “Passez votre charrue et votre soc sur les os des morts” est la dernière phrase qu’elle écrivit, peu de jours avant sa fin, pour indiquer le livre qu’elle voulait relire. Alors que perdue en elle-même elle se disait “au fond des mondes”, les mots de “corrida fleurie” sont ceux qu’elle employa pour désigner son agonie.
De certains de ces écrits, comme de l’ensemble des papiers, ses amis les plus proches connaissaient l’existence, mais à aucun d’entre eux elle n’avait estimé devoir les communiquer. Bien qu’une telle réserve puisse sembler suffisamment motivée par le caractère même de la plupart de ces textes et par la rigueur implacable dont Laure usait autant vis-à-vis d’elle-même que vis-à-vis des autres, encore convient-il d’y voir la marque du sens exceptionnellement grave – à proprement parler sacré – qu’elle attachait au fait même de la “communication”.
Est-il besoin d’ajouter qu’on ne saurait réduire à quelque image définie que ce soit l’une des existences les plus véhémentes, les plus traversées de conflits qui aient été vécues ? Avide de tendresse et avide de désastres, oscillant entre l’audace extrême et la plus affreuse angoisse, aussi inconcevable à la mesure des êtres réels qu’un être de légende, elle se déchirait aux ronces dont elle s’entourait jusqu’à n’être qu’une plaie, sans jamais se laisser enfermer par rien ni personne. »

Georges BATAILLE et Michel LEIRIS, Notes pour le Sacré

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