Revue de Presse Cahiers Aragon 1

Les Cahiers Aragon

Ent’revues, le journal des revues culturelles
22 juin 2016
Anthony Dufraisse, journaliste

On ne circonscrit pas le génie. On n’en fait pas le tour », écrit François Kasbi à propos d’Aragon dans un récent opuscule [1]. Ni l’homme ni l’œuvre ne se laissent en effet totalement cernés. Le domaine est trop grand, trop vaste, labyrinthique surtout, et trop complexe le personnage. L’œuvre d’Aragon reste, et restera encore longtemps sans aucun doute, matière à réflexion et objet de passion. Bien entourées (quelques parrains : Pierre-Marc de Biasi, Philippe Forest, Philippe Le Guillou, Maryse Vassevière…), les Éditions les Cahiers animées par Jean-Sébastien Gallaire inaugurent donc avec ces Cahiers Aragon n°1 une série prometteuse. Pensée comme une « exploration libre et variable », selon les termes de Luc Vigier (qui assure la rédaction en chef, assisté de Daniel Bougnoux et Nicolas Mouton), cette première livraison ouvre des voies nouvelles dans une œuvre plurielle, véritable « tapisserie palimpseste », pour citer le même, et dessine les contours de l’identité démultipliée d’Aragon, cet « homme-foule » suivant la belle formule de Daniel Bougnoux pour qui « l’enchevêtrement et les jeux de bascule entre Moi et l’Autre traversent l’esthétique, l’érotique et la politique d’Aragon en se fortifiant mutuellement ».

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« Ferrat chante Aragon »

l’Obs
4 août 2016
Sophie Delassein, journaliste, critique musicale et littéraire

« L’enfant s’endort sur les coussins / En rêvant de poissons rouges ». Ces vers de jeunesse sont extraits d’un des quatre poèmes inédits d’Aragon figurant dans l’excellent premier numéro de la revue consacrée à l’auteur des Yeux d’Elsa. Ils en constituent l’un des temps forts, au même titre que la présentation, faite par Patrick Née, de la passionnelle correspondance entre Aragon et Breton, qui révèle une amitié amoureuse, parfois douloureuse. Avant cela, c’est à un autre fou d’Aragon que ces Cahiers rendent hommage : Nicolas Mouton publie en effet sa conversation avec Jean Ferrat (datée de 1999), autour du poète qu’il a souvent chanté. Drôle de rencontre à vrai dire, où l’intervieweur en sait plus que l’interviewé non seulement sur lui-même, mais aussi sur Aragon. Ferrat dévoile la manière dont il s’emparait des poèmes pour les faire siens, tout en respectant la « pensée de l’auteur ». On mesure à quel point la présence du poète dans la vie du chanteur fut importante, déterminante.

« Regards portés sur Aragon »

la Libre Belgique
29 août 2016
Francis Matthys, journaliste

Un (premier) recueil d’études édité par Les Cahiers. Remarquable. 

À n’évidemment pas confondre avec « Les Cahiers de la NRF » édités par Gallimard (sur Cocteau, Gide, Céline, Saint-John Perse, etc.), les Éditions les Cahiers, dirigées par Jean-Sébastien Gallaire, sont basées à Meurcourt, dans la Région Bourgogne-Franche-Comté. Comme leur nom l’indique, elles publient des séries de cahiers d’auteurs : trois déjà sur Michel Leiris depuis 2007 (plus un volume sur sa mission ethnographique Dakar-Djibouti), deux sur Georges Bataille, deux sur Antonin Artaud et deux sur la sulfureuse Laure (Colette Peignot, 1903-1938). Chaque numéro rassemble une « pluralité inédite » d’études, d’entretiens, de témoignages, d’hommages, de textes littéraires et de documents iconographiques. « Les horizons divers de ses contributeurs, est-il précisé, offrent une lecture croisée de l’auteur et de son œuvre comme de leur héritage dans la réflexion et la création contemporaines. » Aux volumes précités, s’ajoute maintenant le premier des « Cahiers Aragon » : on s’en félicite, tant les études ici réunies font le bonheur des admirateurs d’un éblouissant écrivain (à la personnalité controversée) qui, de nos jours, semble infiniment moins lu que connu pour ses sublimes poèmes mis en chansons et/ou interprétés par Georges Brassens, Léo Ferré, Jean Ferrat, Hélène Martin, Marc Ogeret ou Isabelle Aubret. Pour l’éditeur de ces « Cahiers », Louis Aragon (1897-1982) serait « l’un des auteurs les plus oubliés du vingtième siècle », même si, depuis 1997, ses œuvres romanesques et poétiques ont déjà enrichi de sept volumes la Bibliothèque de la Pléiade et si d’importants essais de Pierre Daix, Pierre Juquin, Philippe Forest – ont naguère braqué les feux sur l’enchanteur du « Fou d’Elsa » à la virtuosité verbale proprement hugolienne.

Cahiers Aragon n°1

Cahier critique de poésie no 33-1
9 novembre 2016
Gérard-Georges Lemaire, écrivain, traducteur et historien de l’art

Que ces Cahiers Aragon aient vu le jour est réjouissant, mais surprenant, puisqu’il existe déjà depuis longtemps une revue, très bien faite d’ailleurs, qui concerne Aragon et Elsa Triolet : Faites entrer l’Infini. Loin de moi l’idée de me mêler des graves différends entre hiérophantes, et voyons ce que nous réserve cette livraison. L’article le plus important est certainement celui de Patrick Née : « Aragon / Breton : une correspondance passionnelle », qui concerne celle entre Louis Aragon et André Breton. Il est utile d’en expliquer la valeur pour ce qu’ils ont fait ensemble (Dada, le surréalisme, l’entrée au PCF…) et aussi pour ce qui les a profondément divisés. C’est aussi s’interroger sur la nature réelle de leur relation. Le texte de Daniel Bougnoux, « Papiers d’identité ? », ne manque pas de sagacité car, en effet, Aragon avait un problème profond quant à sa filiation. Et l’auteur a su très bien explorer cette question. « Louis Aragon et Léo Ferré » est d’une autre nature, mais comme le grand parolier et interprète monégasque a tenu à chanter le poète, l’article de Robert Horville est également bienvenu. En somme, toute la partie « historique » et analytique de ce volume est incontestablement utile et intéressante. Je reste plus réservé quant à la partie contemporaine, où l’on compare Aragon et Perec, met en vis-à-vis Aragon et Sollers (une farce), et où l’on joue avec le minou d’Irène sans vergogne. Tout cela est à la fois une maladie d’universitaires en mal de turpitudes, ou de révélations qui n’en sont pas. Dommage, car cela donne une mauvaise image de la publication qui, par ailleurs est parfaite dans son genre, bien présentée, austère mais d’une lecture tout à fait agréable.