Revue de Presse Cahiers Bataille 4

Un oursin dans le potlatch – à propos de l’expo « Futomomo » et d’un Dictionnaire Georges Bataille

AOC [Analyse Opinion Critique]
26 mars 2019
Éric Loret, critique

Dans sa main gauche, Éric Loret a pris l’exposition « Futomomo » au CAC Brétigny, et de sa main droite il a saisi le numéro 4 des Cahiers Bataille. Puis il a frotté l’une contre l’autre. Et produit, si ce n’est des étincelles, du moins un texte brillant sur l’art de la critique.

Il n’y a pas d’idée en soi dans un livre, un film, une expo ou quelque objet auquel s’arrête le critique. Ou alors s’il y en a, c’est facile, elle est indiquée noir sur blanc dans le dossier de presse, il suffit de recopier. Mais une idée critique, c’est entre les objets, dans la tête de l’amateur d’art. Un collègue déclarait un jour en direct à la radio : « J’ai eu une idée que j’ai trouvée intéressante à propos de… » La formulation prête à rire mais c’est très exactement la réalité.

S’il y avait des cours de critique dans les écoles de journalisme, on pourrait dire aux étudiants : il faut appliquer une idée à un objet. Vous allez voir une expo, vous avez des impressions, des crépitements de neurones, vous rentrez chez vous, vous ouvrez un essai de philo au hasard et vous tartinez l’idée que vous avez trouvée sur ce que vous avez vu. C’est comme ça que font les curateurs. Par exemple, il y a vingt ans, on appliquait le Pli de Deleuze. l’éternité par les astres de Blanqui, il y a dix ans. Aujourd’hui, vous prenez le chthulucène de Donna Haraway, ça marche à toutes les sauces, en vertu de cette remarque de Barthes : la critique ne consiste pas à découvrir un sens caché dans un objet mais au contraire à lui fournir un contexte d’intelligibilité. C’est mieux si l’idée et l’œuvre ont une affinité, mais si vous voulez faire l’intéressant, vous pouvez choisir des éléments sans rapport, théorie surréaliste de l’écart maximal, i.e. bleu comme une orange.

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Le subversif « Dictionnaire critique » de Georges Bataille

France culture 
30 avril 2019

A comme abattoir, B comme bouche, C comme crachat… Le « Dictionnaire critique » n’est pas un étiquetage rassurant de mots et d’idées, mais un déchainement d’agressivité. Un laboratoire de subversion intellectuelle, un véritable tentative de mettre en crise le savoir et les concepts.

L’œuvre de Bataille, figure de l’irrespectueux, de celui qui aiguise l’irrévérence, a donné naissance à un mythe. Cette dimension mythique est en bonne part le fait du scandale : Bataille est surtout connu pour avoir écrit des livres érotiques. Elle est aussi le fait du mystère : il y a chez Bataille une tendance à l’occultation qui trouvera sa forme achevée dans la création de la société secrète « Acéphale ». À quoi s’ajoutent les ambivalences du personnage.

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« La Besogne des mots », Georges Bataille, Cahiers 4

l’Intervalle
7 mai 2019
Fabien Ribery, écrivain et critique

« Bataille a fait de la devise du diable – Non serviam – celle de la littérature. » (Michel Surya)

Elégant, intelligent, effervescent.

Le numéro 4 des Cahiers Bataille, qui est un dictionnaire critique conçu en hommage à la revue Documents (1929-1930), est un outil de travail formidable pour comprendre et questionner un penseur et écrivain – les lire absolument ensemble – qu’on ne finit pas de redécouvrir, en témoignent les publications attendues la Besogne des images chez Filigranes, ouvrage collectif sous la direction de Léa Bismuth et Mathilde Girard faisant suite à l’exposition tripartite la Traversée des Inquiétudes ayant eu lieu à Labanque de Béthune de 2016 à 2019, et chez Macula la Ressemblance informe de Georges Didi-Huberman (chroniques évidemment à venir).

Les mots clés sont ici de tous ordres (liste non exhaustive), yoga, tête, surréaliste, révolte, poupée, part maudite, islam, impossible, fascisme, Dieu, communauté, animal, amour.

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Cahiers Bataille n°4

En attendant Nadeau
18 juin 2019
Jean Lacoste, essayiste

Les Cahiers Bataille publient un passionnant et particulièrement utile numéro. Comment faut-il prendre ce « Dictionnaire critique » ? La revue s’autorise de la présence régulière d’une rubrique intitulée ainsi dans la revue Documents, animée par Georges Henri Rivière et Georges Bataille dans les années trente, pour reprendre cette formule. Libre à chacun des contributeurs de porter un regard séduit, décalé, ou critique sur une œuvre qui n’a pas perdu de sa force sidérante de subversion des « tabous », ou plutôt des interdits – terme que Bataille préférait, comme le rappelle Arnaud Labelle-Rojoux.

Les différents mots-clefs de ce dictionnaire aux rubriques souvent personnelles, voire subjectives, n’ont pas tous le même statut : certaines notions sont explicitement présentes dans l’œuvre de Bataille, comme « Athéologie », « Angoisse », associée à l’agonie, etc. Pascale Fautrier, à qui l’on doit aussi la rubrique « Sacré », expose ainsi l’érotique de la « Dépense » tandis que Eduardo Jorge de Oliveira montre la violence, la puissance d’arrachement de la « Joie ».

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